RELAY CROPPING

Quelle est la capacité de notre territoire avec son contexte pédoclimatique à produire 2 cultures en 1 an ou 3 cultures en 2 ans ? Semer une deuxième culture en relais dans un rang laissé libre d’une première culture permet que les cycles des cultures se chevauchent et permet également un cycle de développement plus classique de la deuxième culture (date de début et fin proche de la normale). La première culture étant récoltée en grain, la deuxième peut l’être en immature voire aussi en grain si la saison le permet.

 

Le dispositif mis en place :

Une première tentative en 2018 (orge d’hiver + betterave) a montré que cette méthode était faisable techniquement : le semis de la deuxième culture a pu se faire correctement ; la récolte a été plus délicate (les mauvaises herbes, de la paille montaient avec les betteraves dans l’arracheuse) mais néanmoins possible. Pour 2018-2019, il est prévu de tester plusieurs deuxièmes cultures (betterave, sorgho, moutarde) et plusieurs dates de semis (classique et retardée).

 

 

 

Analyse des résultats

Pour la première culture (orge d’hiver)

Pour cet essai, les densités de semis étaient similaires entre les 2 zones : la zone classique (3 rangs/3) et la zone relay-cropping (2 rangs sur 3). Sur la zone en relay-cropping (2 rangs sur 3), le nombre de grains par rang était plus élevé que sur la zone classique. Malgré cela, tous les grains semés sont allés au bout de leur cycle. Ainsi, le nombre d’épis final est équivalent dans chaque zone. Les PMG sont semblables. Toutes les composantes de rendements étant semblables, il est logique que les rendements soient semblables aussi. L’écrasement de 2 rangs sur 6 d’orge d’hiver au stade sortie des barbes par les roues du semoir à betterave n’a pas été préjudiciable. Les plantes se sont redressées quelques jours après et à la récolte aucune différence n’apparaissait.

 

Pour les deuxièmes cultures (betterave, sorgho)

Une forte prédation par les rongeurs est survenue : 

Premier semis : les sillons se sont mal refermés car le sol était encore trop humide (la culture d’escourgeon conserve une certaine humidité, le problème a disparu lors des semis suivants). Ces sillons mal refermés laissaient les graines apparentes au fond, ce qui a favorisé leur prédation par les rongeurs.

Deuxième semis : les graines ont été mal enterrées derrière les roues du tracteur (tassement) ce qui a favorisé leur prédation par les rongeurs (mulots et musaraignes)

Par ordre chronologique, les dégâts de rongeurs ont été observés comme suit : 1 – Sillon mal refermé ; 2. sorgho (appétence ?) ; 3. Betterave ; 4. betterave mieux enterrée ; 5. moutarde (altise).

Ces rongeurs ont particulièrement été nombreux cette année et la prédation par les rapaces n’a pas pu s’opérer car les rongeurs étaient bien protégés et cachés par la forte végétation de l’orge d’hiver (tunnel végétal). Il est resté que 10 à 35% de pieds de betterave.

  • Quelques résultats de population restant fin septembre : 

    Betterave classique : 105 000 pieds/ha

    Betteraves 1ers semis : 150 00 à 35 000 pieds/ha : forte prédation sur graine mal enterrée

    Betteraves 2èmes semis : 25 000 (sol non travaillé) à 45 000 (sol travaillé) pieds/ha. Prédation moins forte au 2   semis et encore moins forte si sol travaillé donc graine enterrée plus profond

    Sorgho 2èmes semis : reste 1% des pieds (très appétant) et que 40 cm haut (canicule)

    Sorgho 3èmes semis : reste 30% des pieds (moins de prédation) et 80 cm de haut (moins souffert de canicule)

Une forte concurrence de l’orge pour la lumière : 

Que ce soit pour la betterave ou le sorgho, leur développement a été ralenti sous le couvert d’orge ; les stades ont très peu évolué pendant pratiquement 3 mois (du semis à la récolte de l’orge).

Par exemple, la betterave est restée au stade 2 à 4 feuilles jusqu’à la fin juin. Par endroit, un seul rang d’orge était présent (au lieu de 2), laissant plus de place à la lumière pour pénétrer entre les rangs. À ces endroits, les betteraves étaient beaucoup plus développées. La concurrence pour les nutriments paraissait la plus préoccupante pour le développement de la 2ème culture. Il s’avère que l’accès à la lumière est sans doute plus impactant sur le développement de la culture.

 

 

Présence d’adventices :

Sur certains rangs, un travail du sol a pu être réalisé avant le semis de printemps. Ce travail a permis une meilleure implantation des graines de 2ème culture. Mais l’outil utilisé a permis de travailler le sol sur une large bande (environ 15 cm), et il a permis également la mise en germination des adventices. Ainsi, avec ce travail du sol, une forte présence d’adventices (sanves, résédas) a été observée.

Résultats de la 2ème culture : 

Pour le sorgho, seul le dernier semis (sortie des barbes) a survécu mais uniquement avec 25% de pieds restants. Le rendement est d’environ 6 tonnes de MS. Pour les betteraves, les premiers semis (les plus attaqués) font 4 et 7 tonnes de racines (5 à 10% du rendement classique). Les deuxièmes semis sont un peu mieux puisque plus de pieds ont survécu mais n’atteignent que 10 à 20% du rendement classique.

 

Enfin, pour les betteraves, la qualité de la récolte est inacceptable car lors de l’arrachage, les adventices et les chaumes montent avec les betteraves probablement parce que les betteraves sont trop peu nombreuses. De plus, certaines petites betteraves ne montent pas dans l’arracheuse et restent au sol.

Bilan et perspectives 

Au départ de l’essai, la concurrence de la première culture sur la deuxième vis-à-vis des ressources nutritive du sol (eau, minéraux) nous paraissait la plus préjudiciable. Il s’avère que cette année, c’est la concurrence vis-à-vis de la lumière qui a été le plus pénalisant (avec une double peine). D’une part, les cultures qui se sont retrouvées sous la végétation ont eu un développement très ralenti (manque de lumière) et d’autre part, cette couverture végétale a permis une protection des rongeurs vis-à-vis de leurs prédateurs naturels (buses, …) qui ont prédatés de très nombreuses graines lors des semis. Enfin, la qualité du semis de la deuxième culture est importante car nous avons remarqué que les meilleurs semis (plus profonds et bien refermés) étaient moins prédatés.

 

Pour optimiser les résultats nous envisageons :

  • D’améliorer la qualité du semis en concevant un strip-till simple qui travaille une fine bande de sol avec une dent étroite pour que l’élément semeur enterre mieux les graines et pour que peu de terre foisonne et ainsi limite le développement d’adventices sur le rang travaillé ;

  • D’améliorer l’accès à la lumière et la prédation des rongeurs en semant moins dense l’orge d’hiver (- 30% de grains), l’orge d’hiver hybride (50% de grain) et semer du blé à port dressé qui étouffera moins la 2ème

  • De restreindre le nombre de deuxième culture en testant une seule sorte de betterave (les mixtes qui peuvent être destinées à la méthanisation) et de sorgho, du tournesol et éventuellement une 4

  • De prévoir une petite fertilisation de la 2ème culture (le tester sur une bande)

  • De prévoir un désherbage si la seconde culture n’est pas assez couvrante.

 

By | 2020-04-06T15:09:08+00:00 2020/03/25|Actualités|